Belbéanie

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Extrait

La rose d'Alimanie

En Alimanie, contrée encore empreinte de tant de magie, alors que les vieilles croyances s’évanouissent peu à peu, un peuple se bat pour sa liberté.

Forcée de fuir les ravages de la guerre, Alna se réfugie auprès de son époux, au palais royal. Là, malgré le trouble grandissant qui la saisit en présence du prince héritier, elle trouve enfin un peu de ce bonheur tant souhaité.

Mais bientôt, les cris de détresse des Alimaniens parviennent au cœur du palais. Alna ne peut plus ignorer le malheur des siens. Cependant, comment trouver la force de se battre quand tout repose sur une prophétie ?

Le royaume sera sauvé le jour où son roi possèdera le cœur de la rose d’Alimanie…

C’est dans cette phrase que résident tous les espoirs d'Alna. Des espoirs qui semblent bien vains à l’heure où la rose et son histoire ne sont plus que mythes et légendes.

Extrait du Chapitre 1

Les dernières neiges avaient fondu dix jours plus tôt et les habitants des sept royaumes de Belbéanie attendaient avec impatience la fête de Belmion. Elle n'allait pas tarder. Tous se réveillaient en espérant entendre la voix du Torn du village, notre héraut et seul lien avec le monde extérieur. Les jours s'allongeaient en éternité. Puis un matin, sans crier gare, le jeune Tavish, le Torn d'Armalda, s'était avancé au centre du bourg sous mes yeux étonnés. Je ne m'étais jusqu'alors jamais trouvée en ce lieu à un tel moment. Je vivais seule et éloignée de tous, je découvrais le changement des saisons par moi-même et participais rarement aux fêtes célébrées en cet honneur. Mais en ce jour, j'entendis le cor retentir, je vis la foule rejoindre le centre du village. Intriguée, je l'imitai. Tavish attendit que le cor se taise, puis, s'éclaircissant la voix d'un raclement de gorge, il annonça :

— Ounménia, gens d'Alimanie ! Réjouissez-vous d'allégresse en ce jour, car les durs mois de l'annihilation ne sont que souvenirs. Voici venu le temps du soleil et de l'amour. La première feuille de Belmion a garni le grand Belrianir et la terre peut renaître à la vie.

Je vis alors autour de moi les visages s'éclairer de bonheur, et moi-même je sentais grandir au fond de mon cœur une joie sans nom. Cela m'était nouveau mais je comprenais désormais pourquoi cette annonce était tant attendue. À l'image du grand Belrianir, le premier des arbres qui surplombait la terre d'Ardonie, le royaume du Haut-Roi, je me sentais renaître, comme ramenée à la vie. Cet arbre au sein duquel nichait le premier des êtres, le grand Belvanor, annonçait le changement des saisons et je lui en savais gré. Je décidai, le soir venu, alors que l'allégresse de mon âme ne m'avait pas quittée, de me rendre non loin de la forêt et d’assister à la fête de Belmion qui devait durer trois jours. J'avais trouvé une ancienne toilette qui avait jadis appartenu à ma mère, une sublime robe d'une grande simplicité et d'un blanc éclatant. J'avais laissé mes cheveux tomber librement et j'avais ceint ma tête d'une couronne de fleurs que je venais de confectionner. Bien que n'ayant jamais participé à cette fête, j'en connaissais les us et coutumes. Et ce fut au coucher du soleil, alors que l'horizon se teintait de jaune, d'orange et de rouge, que je rejoignis l'orée de la forêt. Les villageois étaient rassemblés au centre d'un immense cercle délimité par de petits cercles de pierres remplis de bois. Tous prenaient place, formant à leur tour une ronde d'hommes et de femmes vêtus de blanc. Nul ne parlait, ne riait. Malgré la joie partagée, un profond silence régnait dans l'assemblée. Le visage serein, nous attendions le début de la fête. Certains regards étonnés se tournèrent vers moi ; je fis comme si de rien n'était et patientai comme les autres. La jeune Elvine était venue se placer à mes côtés, son visage toujours aussi rayonnant. J'appréciais énormément cette jeune fille qui, hormis Alasdarian, était la seule à me rendre visite. Alasdarian, cela faisait presque deux ans que je ne l'avais pas vu alors et mon cœur saignait un peu plus chaque jour de le savoir si éloigné. Il avait rejoint le continent et la cour du Haut-Roi pour représenter le royaume en accompagnant le prince Edhorien parti demander aide et conseil auprès de son père. La solitude me pesait parfois et sa présence me manquait douloureusement. Je chérissais son amitié et j'avais hâte qu'il me revienne. Mais je me plaisais à l'imaginer sauver de gentes demoiselles, ou de belles princesses. Peut-être me reviendrait-il marié, avec un ou deux marmots ? Cette pensée me fit sourire même si elle éveilla en moi un sentiment étrange de mal-être. Un cor retentit pour la deuxième fois de la journée. C'était Tavish qui, juché au sommet du mont Méall, nous prévenait que le dernier rayon de soleil disparaissait à l'horizon. Le jour touchait à sa fin et déjà la première étoile faisait son apparition. Le monde balançait entre l'ombre et la lumière, entre la nuit et le jour, entre la vie et la mort, un instant figé où aucune loi mortelle n'avait corps. Les bois au sein des cercles de pierres furent allumés les uns après les autres. Symboles du retour de la chaleur, ils nous en prodigueraient pour toute la nuit. Absorbée par le spectacle, je sentis une personne se presser contre moi. J'en déduisis qu'Elvine, impressionnée, s'était rapprochée bien que la personne me semblât projeter une ombre plus grande. Je gardai cependant les yeux fixés sur les flammes qui semblaient vouloir atteindre le ciel. Le dernier feu allumé, le rituel pouvait commencer. Je glissai ma main dans celle de la personne qui se trouvait à ma droite puis dans celle d'Elvine à ma gauche. C'est alors que mes pensées se figèrent. Cette main n'avait rien de féminin, elle était grande, ferme et chaude. Je me retournai alors et mon cœur cessa de battre, du moins c'est ce qu'il me sembla. Je levai les yeux vers ceux d'Alas, et les plongeai dans les siens.

Au-delà du Temps

Une nuit, alors qu’ils succombent à la douceur d’un repos désiré, deux âmes vont se réveiller en un lieu hors du temps.

Deux êtres que tout oppose.

Eivy est une fille du peuple, orpheline, luttant contre les démons de son enfance face à l’avènement d’un nouveau royaume.

Wallaard est le fils d’un monstre, prisonnier d’une île maudite, soumis à la volonté d’une mère sans cœur et jouet d’un oncle aux desseins aussi mystérieux que machiavéliques.

Jamais leurs chemins n’auraient dû se croiser, jamais leurs regards n’auraient dû se rencontrer et pourtant huit nuits vont leur être accordées. Huit nuits passées l’un avec l’autre au cœur d’un même rêve, huit nuits qui vont déterminer la course de leurs vies et les mener plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé, au-delà de leurs foyers, au-delà des frontières, au-delà du temps.

Chapitre 3 : Premier rêve

La clairière était emplie d’une éclatante lumière blanche qui rendait le lieu irréel. Le chant des oiseaux emplissait l’air, rythmé par la douce mélodie de l’eau. De multiples fleurs aux couleurs variées et inconnues parcouraient l’herbe verte. Des senteurs délicieuses venaient chatouiller les narines de la jeune fille. Elle avançait dans ce lieu inconnu sans aucune crainte. La paix de cet endroit envahissait son être, chassant toutes ses préoccupations passées.

Elle savait que ceci était un rêve. Des couleurs bien trop vives, un lieu bien trop beau et paisible et ses sentiments soudain si tranquilles. Mais elle n’en avait cure, pourvu que ce rêve dure au moins toute une nuit entière. Alors peut-être trouverait-elle un peu de repos. Elle s’approcha de la rivière qui longeait la plaine, s’accroupit et en caressa la surface de sa main. La fraîcheur de l’eau remonta dans son coeur, effaçant les derniers souvenirs d’une trop forte

chaleur de la journée. Le vent se leva et elle ferma les yeux, appréciant le moment. Mais le calme désiré de cet instant fut brisé lorsqu’elle sentit une présence à la fois étrangère et familière se dresser derrière elle. Cette sensation inexplicable était exactement la même que celle ressentit avec cette ombre du passé, au milieu de ce champ de bataille d’où son père l’avait appelée, mais elle n’aurait su l’expliquer. Et, bien plus intriguée qu’apeurée, elle se releva et se retourna, rencontrant ainsi son regard noir comme la nuit. Sa peau était ivoire, parfaite, mais ses cheveux ébène durcissaient son visage. Il semblait tout aussi désemparé qu’elle de se trouver en cette clairière.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il d’un ton sec et autoritaire.

Elle sursauta au son de sa voix et recula d’un pas, manquant de tomber dans la rivière. Heureusement, il avait de très bons réflexes et la rattrapa juste à temps, la ramenant dans un même mouvement à lui. Leur visage étant à quelques malheureux centimètres l’un de l’autre, elle n’osa plus bouger et pour ainsi dire respirer. Ses yeux étaient pénétrants et envoûtants. Ils transpiraient la haine, une haine envers elle, envers ce monde, cette même haine qui s’emparait parfois de son propre coeur. Et elle savait que cela ne cachait ni plus ni moins qu’une profonde et invisible blessure. Elle qui en était venue à détester le jour et la lumière avant que ce rêve ne l’en éloigne, elle se serait volontiers noyée dans les ténèbres de son regard.

— Votre nom ? demanda-t-il à nouveau, dans un quasi-murmure cette fois.

— Eivy, répondit-elle sans vraiment réfléchir.

— Qui êtes-vous ? Vous travaillez au château ? reprit-il d’un ton bien plus dur.

— Au château ? Quel château ? dit-elle d’une voix tremblante, sentant une menace dissimulée dans son regard.

— Le château qui me sert de prison, le seul endroit où j’ai pu vous apercevoir pour que vous soyez ainsi dans l’un de mes rêves insensés, répliqua-t-il à la limite de la colère.

— Votre rêve ? Ceci est mon rêve.

Elle avait soudain perdu toute insécurité, et sa voix s’éleva, teintée de colère. Elle aurait souhaité s’écarter de lui, mais il tentait d’imposer sa prédominance sur elle. Il avait resserré sa main autour de son bras. Si elle reculait, elle tomberait dans la rivière. Elle n’avait guère le choix que d’espérer qu’il fasse un mouvement pour la libérer, mais il n’en fit rien.

Il la regardait de haut, entre dédain et haine. Il pouvait sentir une part de son être lui ordonner de lui faire confiance, corps et âme, et une autre part de son être, celle nourrie de ses expériences personnelles, de ne pas se fier à elle, comme à n’importe quelle autre personne d’ailleurs. Et cette partie-là semblait bien plus forte que la première, car la plus facile à écouter. Donner sa confiance était un acte tellement risqué. Le joueur pouvait tout perdre jusqu’à son honneur et sa dignité. Et au final, ces deux choses étaient tout ce qu’il possédait, ou du moins le croyait-il. Aussi tentait-il tant bien que mal de les protéger.